Manchester

Je suis arrivé à Manchester hier, après quelques petites péripéties à Londres. Après une longue attente dans le hall de la gare de London Euston, nous (Violette et moi) nous sommes glissé..es dans le train, et nous sommes assis..es sur la moquette, entre les sièges et les bagages. Il faisait très chaud, heureusement le trajet me sembla très rapide. Nous avons manqué une journée de soleil, mais nous avons pu profiter du magnifique dégradé jaune du ciel découpé dans les fenêtres du train. À Manchester, nous nous sommes rué..es dans la première brasserie venue, et nous avons déjeuné très gras, et bien tard dans la journée. Après notre repas, nous avons rejoint Axel, Elias, Nicolas et Rebecca dans un petit bar qui projetait un film dans son sous-sol. Nous avons bu des Guiness et des espresso-martini servis avec des osties. J'ai avalé mon premier ostie, et je me suis senti un peu coupable. Nous sommes ensuite monté..es à l'étage d'un bus jaune – la ligne III – qui nous a conduit..es jusqu'à notre logement : un appartement spatieux et confortable, doté d'une décoration absolument épouvantable (la table et les chaises sont en plexiglass transparent, un cadre argenté entoure la télévision et des lustres en plastique pendent au plafond). Nous avons bu quelques bières et sodas dans le salon, nous avons offert nos cadeaux à Elias car nous avions passé minuit. J'ai eu un petit moment d'angoisse et de déprime. Ce matin je me sens bien.

Le Mans

Je suis au Mans. Ce matin j'ai fait pleurer maman.

Strasbourg

Je suis arrivé à Strasbourg ce matin. Il faisait beau, maintenant il pleut. J'attendais la pluie, et je me suis assis sous des arcades. J'ai commandé un café, puis un deuxième. J'ai longtemps hésité à les compléter par une quiche lorraine. Je n'ai pas faim. J'aime regarder la pluie qui vient, soudaine, et qui nous fait courrir dans la ville. Peu de choses sont aussi agréables que d'attendre la pluie. Comme toujours quand je bois du café, mes mains tremblent, et mes doigts se crispent à mon stylo. Le musée ouvre dans une heure, j'espère ne pas avoir à commander un troisième café d'ici-là. Le temps semble se calmer, mais je ne voudrais pas me laisser surprendre. Tous les parapluies sont ouverts, ajoutant de gros pois colorés au paysage devenu morne.

Rennes

Je suis à Rennes, il fait beau et je m'ennuie.

À Rennes toujours, je subis l'alcoolémie de la veille. Il fait beau et chaud, et je profite du soleil. Je suis très angoissé par la lecture de demain.

Marseille

Je suis à Marseille. Je me suis assis à une terrasse en plein soleil. Je voulais boire un café mais je ne trouvais que des boulangeries, je me suis senti obligé de commander une part de quiche (avec mon café). Je n'ai pas faim, j'ai chaud. Mes mains tremblent et mes doigts sont gonflés. Je me suis coupé le pouce hier. Je cherchais ma bague, j'ai trouvé mon rasoir. Maintenant j'ai un gros pansement crado qui bloque l'articulation. Si je l'enlève, je saigne. Beaucoup. Pas pratique pour écrire. Je dois faire avec la main droite. J'ai encore dix minutes avant de partir récupérer mon livre chez le reprographe. Épépé, 25€. Ce sera trente au FRAC. Personne ne va l'acheter.

Je me demande ce que les gens écrivent dans leurs journaux. J'ai l'impression de ne pas penser assez. De ne pas vivre assez non plus. Je n'ai pas vraiment d'états d'âme. Je ne vis pas d'aventures extravagantes. Je ne philosophe pas non plus. Je n'ai pas envie d'écrire tout ce à quoi je pense. Je préfère écrire quand j'ai quelques minutes devant moi, et quand entamer le chapitre suivant de mon livre implique de le ranger trop tôt, ou de laisser passer l'heure.

À Marseille toujours. J'ai trop bu hier, et cette nuit j'ai rêvé manger des frites. Comme toutes les fois où je suis ailleurs, je ne mange pas. Mais ce matin, j'ai acheté un pain aux raisins sur la route, puis une part trop chère de gâteau aux châtaignes. J'ai dépensé mes presques derniers euros dans des livres – pour offrir – et fumé mes dernières cigarettes. Il me reste dorénavant cinq euros et une crème aux œufs. L'après-midi approche, les badauds du dimanche avec lui. J'entends déjà le brouhaha de la foule prête à dépenser son cash en famille. J'aimerais dormir. Et j'aimerais manger encore les frites de cette nuit et qu'elles remplissent mon ventre pour de vrai.

Paris

1ère à gauche rue Jean-Jacques Rousseau
continuer dans la même direction par la parallèle
à la rue du Louvre (ou prendre la rue du Louvre)
continuer jusqu'au carrefour et prendre la rue d'Aboukir (à droite)
continuer jusqu'à la porte Saint-Denis
prendre à gauche rue du Faubourg Saint-Denis
et continuer tout droit

Berlin

Deuxième jour à Berlin – première journée entière. Je me suis assis à la terrasse d'un café qui vend des quiches. Mes doigts sont engourdis par le froid agréable de l'hiver. La tiédeur de l'énorme part de quiche (aux épinards) que je viens d'avaler ne les réchauffe déjà plus. Je pense à commander un second espresso. J'ai du mal à discerner si mes mains se teintent de rouge ou de mauve, ce dont je suis certain c'est qu'elles se teintent de froid. Je ressens la tranquilité de la distance.